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interview

Véronique
Boulinguez

Centre de protection marternelle Cité

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Qui est-elle ?
Véronique Boulinguez, 58 ans, a ouvert avec son équipe un centre de consultation à l’Hôtel- Dieu (CPM) qui accueille les femmes enceintes en situation de grande précarité et réalise le suivi de leur grossesse et leur accompagnement social et psychologique, jusqu’à leur inscription en maternité de proximité. En tant que femme de la santé, elle se définit comme déterminée, ayant un esprit d’équipe et désintéressée.
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Susciter une coopération entre tous les acteurs, pour trouver les solutions les plus adaptées.
Quel est votre projet ?

Depuis trois ans je travaille en tant que sage-femme à la Protection Maternelle et Infantile (PMI) de Paris. Mon poste a été créé et ses missions précisées dans le cadre du plan de lutte contre la grande exclusion.

Mes missions consistent essentiellement à aller vers les femmes enceintes éloignées des structures de soins pour différentes raisons (réfugiée, dublinée, déboutée ou sans papier) dont la préoccupation première est la subsistance au quotidien, afin d’analyser leurs besoins et de favoriser l’orientation vers le parcours de suivi de grossesse ou vers les structures adaptées.

Ces rencontres se font lors des permanences proposées chaque semaine dans les deux Espace Solidarité familles, au cours d’une maraude à la demande de l’UASA : unité d’assistance aux sans-abris de la ville de Paris ou au cours d’ateliers collectifs animés dans les accueils de jour.

Le travail partenarial est essentiel avec : les associations, le SAMU SOCIAL, les trois « LIMA » (lieu de mise à l’abri la nuit), les haltes femmes, et bien entendu les équipes de PMI.

La volonté collective du service de PMI est de s’adapter en faisant évoluer le dispositif afin de s’adapter au mieux aux besoins de cette population. Ainsi la PMI vient d’ouvrir en avril 2019 le CPM Cité, centre de protection maternelle cité, situé dans l’hôpital Hôtel-Dieu. Ce centre permet le suivi des femmes enceintes jusqu’au 7ème mois de grossesse en attendant une stabilisation de leur hébergement.

L’accompagnement est global : médical (consultations et échographiques) mais également social avec une orientation vers l’ouverture des droits, vers les restaurants solidaires et les espaces solidarité insertion, et psychologique avec possibilité de consultations de psycho trauma.

Quels sont les enjeux actuels de la santé ?

Le système de santé actuel est organisé avant tout, pour des personnes ayant un domicile et une couverture sociale. Les hospitalisations sont de courte durée, un relai par HAD ou les libéraux peut s’organiser à la sortie d’hospitalisation.

Pour les personnes en situation de rue, notamment les femmes enceintes, l’accès au système de santé est de plus en plus complexe. Le premier obstacle est l’inscription en maternité qui se fait désormais pour de nombreuses maternités en ligne. Un premier examen biologique ou échographique est par ailleurs exigé nécessitant d’avoir consulté au préalable en ville.

Bien souvent, c’est la course à l’inscription en maternité et passées les premières semaines de grossesse, les inscriptions en maternité sont complètes. Les femmes sont redirigées vers des hôpitaux privés non adaptés à ce public.

Pour les familles sans hébergement, la santé n’est pas la préoccupation première, ce sont d’abord les réponses aux besoins primaires qui doivent être apportées (mise à l’abri, alimentation, hygiène) qui permettront dans un deuxième temps à ces familles de prendre soin de leur santé.

Les obstacles pour accéder à l’hôpital sont nombreux en commençant par les transports publics payants.

Le premier accès à l’hôpital se fait en général par les urgences où la réponse est généralement incomplète et ne prend pas en compte le contexte de vie de ces usagers.

Et dans 10 ans, vous voyez ça comment ?

Les mouvements migratoires vont continuer, il est nécessaire d’adapter notre système de soins, au risque, sinon, de voir les inégalités sociales de santé augmenter de façon dramatique. Les déterminants de la santé ne se résument pas à l’accès aux soins, il est essentiel d’agir simultanément sur les conditions de vie, notamment garantir un hébergement digne et pérenne.

Les actions de la PMI «hors les murs » montrent à quel point il est important de se déplacer vers ces familles afin de leur permettre de comprendre notre système de santé et les aider à accéder aux soins sans avoir recours systématiquement aux urgences hospitalières. Ainsi, cela permet de proposer des actions de prévention et permet d’organiser un suivi médical tout en tenant compte des besoins sociaux de ces familles.

Les hôpitaux pourraient développer des partenariats avec les associations de proximité, permettant de mutualiser les ressources et de construire ensemble un accès à la santé. L’hôpital «hors les murs » notamment par ces services PASS, permanence d’accès aux soins, pourraient s’y associer.

Entre 2007 et 2012, nous avions démontré, avec le partenariat PRENAP 75 entre la maternité de Port Royal et l’Espace Solidarité familles G. Pitard, qu’en mutualisant les ressources d’une maternité et d’un accueil de jour, nous pouvions réduire les inégalités sociales de santé.

Ainsi, en créant un territoire d’ancrage avec les associations qui répondent aux besoins physiques et psychologiques des familles, il serait possible de formaliser un parcours de santé cohérent. C’est en suscitant une coopération entre tous ces acteurs que des solutions les plus adaptées seront trouvées.

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