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interview

Aude
Nyadanu

Lowpital

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Qui est-elle ?
Aude Nyadanu, 26 ans, a créé « Lowpital », un mouvement d’innovation collaborative pour améliorer l’expérience patient, qui propose à des citoyens de passer 3 jours en immersion dans un service hospitalier pour comprendre les problèmes rencontrés et réfléchir ensuite ensemble à des solutions simples et pragmatiques. En tant que femme de la santé, elle se définit comme rêveuse, hyperactive et curieuse.
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Prendre soin d’un patient, c’est aussi protéger son bien-être et sa dignité
Quel est votre projet ?

A Lowpital, nous sommes convaincus que prendre soin d’un patient, ce n’est pas seulement guérir sa pathologie : c’est aussi protéger son bien-être et sa dignité tout au long de son parcours. C’est pourquoi nous avons lancé un mouvement citoyen pour innover tous ensemble et améliorer l’expérience patient.

Concrètement ? Nous avons commencé par organiser un nouveau type d’événements collaboratifs. Nos créathons, ouverts à tous, commencent une immersion de 3 jours dans un établissement de santé pour y détecter les problèmes du quotidien et difficultés rencontrées à la fois par les patients, les soignants et les aidants. Ensuite, nous formons des équipes et réfléchissons pendant un week-end à des solutions simples, low tech, pour y répondre. Deux éditions ont déjà permis de rassembler plus de 150 personnes autour de 21 projets, tels qu’un robot téléphonique de suivi pour les personnes âgées diabétiques.

Nous avons ainsi développé une approche ouverte originale, fortement inspirée du design thinking, s’appuyant sur l’intelligence collective. Forts de cette expérience, nous proposons aujourd’hui des conférences, formations et programmes d’intrapreneuriat en entreprise pour diffuser nos valeurs et nos méthodes.

Quels ont été les obstacles rencontrés pour monter le projet ?

Au démarrage, début 2017, je connaissais très mal le milieu de la santé, et encore moins celui des startups (je suis ingénieure et docteure en chimie !). J’ai donc pris le temps de rencontrer de nombreux acteurs de santé, de comprendre leurs métiers et leurs défis, afin de voir comment je pouvais contribuer. J’ai eu la chance de recevoir très tôt le soutien enthousiaste de leaders d’opinion et d’institutions prestigieuses telles que l’AP-HP, l’hôpital Foch, l’ARS Ile de France, l’Institut Français de l’Expérience Patient. Ils m’ont guidée et ouvert leurs réseaux, ce qui m’a permis de me lancer !

Après le succès du premier créathon, j’ai décidé de créer une entreprise. Mais trouver un business model viable alliant impact & revenus n’était pas évident à première vue. Je dois beaucoup à la formation Challenge + que j’ai suivie à HEC Paris, qui m’a donné les bases dont j’avais besoin ! Et je suis aussi très reconnaissante envers mes premiers clients et partenaires qui ont cru dans le projet aux premières heures (notamment le NUMA, Lilly France, Télécom Santé et UseConcept qui ont été nos premiers sponsors).

Quels sont les enjeux actuels de la santé ?

Ils sont nombreux ! Ceux qui me touchent particulièrement ne sont pas les enjeux technologiques mais bien les enjeux humains. D’où mon intérêt pour la low tech : et si on commençait pragmatiquement à essayer de régler les problèmes expérienciels et organisationnels avec des outils simples ?

Notre vision des nouvelles technologies me préoccupe. Comment arriverons-nous à tirer parti de nos progrès techniques pour remettre l’humain au centre de la pratique ? Comment diffuserons-nous les nouveaux outils qui émergent en facilitant leur adoption et leur intégration fluide dans les pratiques actuelles (notamment les outils d’IA en aide à la décision) ? Je crois que si nous ne répondons pas à ces questions, on aura beau créer de super machines de plus en plus performantes, on n’aura pas vraiment avancé !

Un autre, évidemment, c’est le vieillissement de la population. Nous avons effectué une grande partie des immersions en gériatrie : je suis alertée par la proportion de patients âgés isolés, seuls. Nous allons devoir repenser nos interactions avec nos aînés. Ils sont également laissés de côté lors de la conception d’outils numériques. Cette réflexion est aussi valable pour les personnes en situation de handicap : nous devons rendre les outils numériques plus accessibles !

Mais ce qui m’obsède le plus, c’est d’encourager une approche holistique du soin prenant compte le patient dans toute sa complexité. D’évaluer et de prendre en compte le vécu du patient et de ses proches. De tout mettre en œuvre pour leur faciliter le quotidien. D’adapter la prise en charge en fonction.
C’est ce pourquoi je me bats.

Et dans 10 ans, vous voyez ça comment ?

L’optimiste en moi voit des parcours de santé plus fluides, avec des interactions préservées avec les soignants, des pratiques facilitées par le numérique. L’expérience du patient sera tout aussi importante que la réponse de son corps à un traitement dans l’évaluation des soins. Tout cela parait à portée de main, mais saurons-nous éviter de dériver vers un système qui continue de s’accélérer ? J’espère que les outils numériques qui nous ferons gagner du temps permettront de recréer du lien humain.

La pessimiste en moi est tout de même très préoccupée par les enjeux écologiques. Pendant combien de temps encore aurons-nous assez de ressources pour produire des milliards d’objets électroniques que nous ne savons pas recycler ? J’espère que d’ici 10 ans, on aura collectivement décidé d’économiser ces ressources, et de réserver leur usage aux outils les plus utiles. Parmi eux, les équipements et dispositifs médicaux semblent être des priorités absolues ! Et si on s'interrogeait dès maintenant sur l’utilité réelle de certains outils numériques et objets connectés, et réfléchir aux alternatives low tech qui s’offrent à nous ?

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